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ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE L'UQEA
23 mai 1997

RAPPORT D'ACTIVITÉ ET D'ORIENTATION

Dans la période qui a précédé la mise en place des Conseils de Quartiers, que nous avons consacrée en grande partie à une réflexion sur le rôle respectif des associations et de l'Union des Quartiers dans une structure de concertation, plusieurs d'entre nous se sont inquiétés au sujet de l'avenir de l'UQEA: N'allait-elle pas faire double emploi avec le Conseil de Quartier d'Ergué-Armel? Ne risquait-on pas de voir les associations se désintéresser d'une fédération sans pouvoir au profit d'une instance beaucoup plus efficace du fait de la présence des élus? Tous ne partageaient pas ces craintes, mais personne n'était en mesure d'affirmer avec certitude qu'elles n'étaient pas justifiées. Il faut dire que la vie associative à Ergué-Armel est très différente de ce que connaissent Penhars et Kerfeunteun et que cette originalité allait nécessairement poser des questions différentes et entraîner un fonctionnement différent.

Une Assemblée Générale de l'UQEA, cette Assemblée Générale, étant composée essentiellement des bureaux des associations adhérentes, il pourrait sembler inutile de citer une fois de plus les points qui font l'originalité d'Ergué-Armel et de l'UQEA dans le paysage quimpérois. Chacun d'entre nous les connaît pour les vivre quasi-quotidiennement dans son activité militante. Toutefois, un rapport moral, en plus du bilan d'une année d'activité, est aussi l'occasion de faire le point sur l'état de l'association et de dégager les lignes de force de son évolution.

Ergué-Armel compte une douzaine d'associations d'habitants, réparties sur l'ensemble du territoire, de Kergonan au Lendu, de Locmaria à Ty-Bos, du Bourdonnel à Kervir, en passant par le Braden et Kerlaëron. Ces associations sont très différentes les unes des autres, par la taille, l'histoire, la pratique, le type d'habitat, les populations concernées, la position géographique par rapport au centre de Quimper, etc. Il n'existait donc a priori aucune raison pour que cet ensemble hétéroclite éprouve le besoin de collaborer durablement.  Et si malgré tout le miracle a eu lieu, si le Conseil d'Administration de l'UQEA peut réunir cinq ou six fois par an une trentaine d'Armélois représentant une douzaine de quartiers, c'est évidemment que cela répond à un besoin. Les bénévoles que nous sommes sont certes désintéressés, mais nullement masochistes, ils n'ont pas de goût particulier pour la réunionite, et si l'UQEA ne leur apportait rien, ils n'y partiperaient pas. Qu'apporte donc l'UQEA?
  • D'abord, c'est la mise en commun d'expériences, positives ou négatives. Chaque association a tout à gagner à connaître de plus près, de la bouche des intéressés eux-mêmes, les problèmes que les autres associations vivent et la manière dont ils sont traités. On peut ainsi éviter de reproduire des erreurs et aussi glaner des idées intéressantes.
  • Ensuite, c'est la mise en œuvre de la solidarité. Lorsqu'un quartier a du mal à faire entendre sa voix, l'UQEA examine le dossier et si cela semble justifié, apporte tout son poids à sa défense. En se limitant aux dossiers les plus significatifs présents et passés, on peut citer la rocade sud-est, le projet de doublement de la rue Charles Le Goffic, le projet de décharge au Lendu, l'affaire de Kergonan ou l'abattoir du Grand-Guélen.
  • L'UQEA permet de poser les problèmes à un niveau supérieur. Une association de quartier, et c'est parfaitement légitime, est préoccupée avant tout par le bien-être immédiat des habitants. Le fait de replacer les problèmes d'environnement proche dans un contexte plus global permet de prendre en compte d'autres éléments de jugement et de formuler des propositions de solutions plus cohérentes, plus efficaces à long terme et en tout cas moins égoïstes..
  • Enfin, l'UQEA agit pour que la démocratie locale progresse et que les habitants soient associés le plus étroitement possible à la gestion de leur cadre de vie, qu'il s'agisse d'environnement, de voirie, d'économie, de culture ou de questions sociales. Depuis de nombreuses années déjà, l'UQEA cherche à promouvoir à Quimper l'idée d'une charte entre la Ville et les Associations dhabitants, et n'a pas ménagé ses efforts en ce sens: Nous avons participé à des rencontres nationales ou régionales, nous en avons organisé une à Ergué-Armel, et nous n'avons cessé d'interpeller les élus à ce sujet.
C'est dans ce contexte que l'équipe municipale issue des dernières élections décidait de reprendre nos propositions, invitait les associations d'habitants à signer une charte et mettait en place trois Conseils de Quartiers. Nous ne pouvions que nous réjouir de voir aboutir nos efforts après tant d'années, même si nous nous gardions de tout excès d'optimisme. Nous savions que l'apprentissage de la concertation serait long et difficile, et que le chemin serait parsemé d'embûches.
Tout d'abord, le texte de la charte reste plutôt vague et ouvre la porte à des interprétations très restrictives ("les dossiers qui lui sont soumis"), en contradiction avec l'esprit d'ouverture totale qui nous semble indispensable à un bon fonctionnement de la démocratie. Il y aurait donc des dossiers qui ne seraient pas soumis aux Conseils de Quartiers! Lesquels? Au nom de quoi?
Ensuite nous connaissions parfaitement les réticences, voire l'hostilité d'un certain nombre d'élus à l'idée d'un supposé partage du pouvoir. Et ce malgré notre insistance à expliquer sur tous les tons que nous n'avons aucune ambition de pouvoir, que nous ne remettons pas en question la légitimité des élus et que nous acceptons bien évidemment l'idée qu'en dernier ressort la décision leur revienne entièrement.
Il nous faut donc convaincre nos interlocuteurs élus que nous ne sommes pas les râleurs systématiques qu'ils s'imaginent, et que si hélas il nous arrive souvent - trop souvent sans doute - de râler, c'est que nous sommes déçus. Nous préfèrerions de loin une collaboration "amicale" (dans la joie!) sur TOUS les dossiers qui nous intéressent, sans exclusive, sans cachotteries, sans mensonges, sans langue de bois. Voici par exemple comment nous aurions aimé travailler cette année dans le cadre du Conseil de Quartier:
  • Nous aurions aimé que notre demande de révision des accès au futur abattoir du Grand Guélen soit prise en compte, mais malheureusement nous avons assisté à un raidissement totalement incompréhensible de la part du Conseiller responsable des affaires économiques. Alors qu'il était possible de travailler sereinement sur un projet qui était encore modifiable, avec des riverains compréhensifs et finalement peu exigeants, le "non" catégorique et définitif qui nous a été opposé a fait l'effet d'une douche froide.
  • Nous aurions aimé discuter de l'emplacement de la future bibliothèque d'Ergué-Armel, qui nous préoccupe depuis de nombreuses années. Au lieu de cela, la décision a été prise sans la moindre concertation, et on nous demande maintenant de participer à une commission. Pour quoi faire? Pour quoi dire? Nous ne sommes pas des spécialistes de la lecture publique, et nous ne pourrions qu'enregistrer les choix des techniciens et des élus, sans avoir rien à proposer. Ce rôle ne nous intéresse pas. C'est en amont que nous avions quelque-chose à dire.
  • Nous aurions aimé être associés à une réflexion globale sur l'accueil des gens du voyage à Quimper, comme on nous l'avait promis au lendemain des dernières élections municipales. Aujourd'hui nous nous posons la question: Y a-t-il à Quimper une réflexion sur ce thème? Et si oui où? Et avec qui? Ergué-Armel étant particulièrement concerné par le problème, nous nous étonnons de ce silence.
  • Nous aurions aimé donner notre avis dès qu'il a été question de remodeler l'avenue Léon Blum. Le fait que le projet ait été en quelque sorte piloté par une école primaire est en soi sympathique, mais demandez aux usagers des rues adjacentes ce qu'ils en pensent. Et la tenue d'une réunion publique tardive, alors que tout est décidé, ne remplace pas le travail en amont, auquel nous aurions volontiers apporté notre contribution.
  • Nous aurions aimé être consultés avant qu'il ne soit décidé d'arracher les arbustes entre le Lycée Thépot et le rond-point de la Mairie. Ces parterres, ils sont à nous, et ce sont nos impôts locaux qui alimentent le service des jardins. Nous estimons donc avoir droit au minimum à des explications circonstanciées. Petit problème sans doute, mais révélateur d'un malentendu plus profond entre les associations d'habitants et les élus.
  • Nous aurions aimé que l'installation d'un théâtre dans un ancien bâtiment industriel se fasse en concertation avec nous. D'abord parce que tout ce qui touche à la vie culturelle d'Ergué-Armel nous intéresse, et ensuite parce que nous aurions veillé à ce que la tranquillité des riverains soit garantie... ce qui n'est pas le cas.
  • Nous aurions aimé pouvoir discuter du problème de Keréquel ailleurs que dans une commission consultative se réunissant de temps en temps à 17h30. Là encore, des décisions qui nous concernent directement sont prises sans même qu'on prenne la peine de nous en informer.
Tous ces dossiers, nous aurions aimé les voir traiter dans le cadre du Conseil de Quartier, en assemblée plénière ou dans des commissions, car ils concernent l'ensemble des Armélois à un titre ou à un autre, soit parce qu'ils sont communs à tous (bibliothèque), soit parce qu'ils ont une valeur d'exemple (l'abattoir), soit parce qu'ils représentent un fait de société (les nomades). Par contre, l'inventaire des interventions de la ville ici ou là à Ergué-Armel, la communication d'un budget détaillé et le listage des travaux à réaliser ne nous intéressent pas vraiment. Le Conseil de Quartier, tout comme l'UQEA, n'est pas la somme des Associations d'habitants signataires de la charte. C'est une instance de niveau supérieur, où les dossiers spécifiques à un sous-quartier n'ont pas leur place, sauf exception. Ces dossiers sont du ressort de l'association du quartier concerné, seule compétente pour les traiter. Il faut d'ailleurs reconnaître qu'en général les relations sur le terrain entre élus et associations sont plutôt bonnes ... avec quelques fausses notes cependant.

Globalement donc, le Conseil de Quartier n'a pas fonctionné correctement, mais il est encore jeune, et le bilan qui en sera fait à la rentrée prochaine devrait permettre de corriger certains défauts. Quant à nous, nous avons déjà commencé une réflexion avec les associations de Kerfeunteun et de Penhars, et nous la poursuivrons dès septembre.

Car il est clair que la Charte Ville-Associations et le Conseil de Quartier, qui ont été au cours des mois précédents la préoccupation principale de l'UQEA, le resteront pour l'exercice qui va commencer. Nous devrons tout mettre en œuvre pour que la démocratie locale progresse, en saluant les avancées mais aussi en dénonçant les dérapages sans complaisance. Et nous espérons que les associations de Penhars et de Kerfeunteun parviendront elles aussi à se fédérer, afin de mieux se connaître et de gagner en efficacité.

FIN

Je cède maintenant la parole aux associations membres de l'UQEA, en leur demandant de se limiter à une intervention de 5 minutes.




( Ouest-France, 29 mai 1997 )