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RAPPORT D'ACTIVITÉ ET
D'ORIENTATION
Dans la période qui a précédé la mise en place des Conseils de
Quartiers, que nous avons consacrée en grande partie à une réflexion
sur le rôle respectif des associations et de l'Union des Quartiers dans
une structure de concertation, plusieurs d'entre nous se sont inquiétés
au sujet de l'avenir de l'UQEA: N'allait-elle pas faire double emploi
avec le Conseil de Quartier d'Ergué-Armel? Ne risquait-on pas de voir
les associations se désintéresser d'une fédération sans pouvoir au
profit d'une instance beaucoup plus efficace du fait de la présence des
élus? Tous ne partageaient pas ces craintes, mais personne n'était en
mesure d'affirmer avec certitude qu'elles n'étaient pas justifiées. Il
faut dire que la vie associative à Ergué-Armel est très différente de
ce que connaissent Penhars et Kerfeunteun et que cette originalité
allait nécessairement poser des questions différentes et entraîner un
fonctionnement différent.
Une Assemblée Générale de l'UQEA, cette Assemblée Générale, étant
composée essentiellement des bureaux des associations adhérentes, il
pourrait sembler inutile de citer une fois de plus les points qui font
l'originalité d'Ergué-Armel et de l'UQEA dans le paysage quimpérois.
Chacun d'entre nous les connaît pour les vivre quasi-quotidiennement
dans son activité militante. Toutefois, un rapport moral, en plus du
bilan d'une année d'activité, est aussi l'occasion de faire le point
sur l'état de l'association et de dégager les lignes de force de son
évolution.
Ergué-Armel compte une douzaine d'associations d'habitants, réparties
sur l'ensemble du territoire, de Kergonan au Lendu, de Locmaria à
Ty-Bos, du Bourdonnel à Kervir, en passant par le Braden et Kerlaëron.
Ces associations sont très différentes les unes des autres, par la
taille, l'histoire, la pratique, le type d'habitat, les populations
concernées, la position géographique par rapport au centre de Quimper,
etc. Il n'existait donc a priori aucune raison pour que cet ensemble
hétéroclite éprouve le besoin de collaborer durablement. Et si
malgré tout le miracle a eu lieu, si le Conseil d'Administration de
l'UQEA peut réunir cinq ou six fois par an une trentaine d'Armélois
représentant une douzaine de quartiers, c'est évidemment que cela
répond à un besoin. Les bénévoles que nous sommes sont certes
désintéressés, mais nullement masochistes, ils n'ont pas de goût
particulier pour la réunionite, et si l'UQEA ne leur apportait rien,
ils n'y partiperaient pas. Qu'apporte donc l'UQEA?
- D'abord, c'est la mise en commun
d'expériences, positives ou négatives. Chaque association a tout
à gagner à connaître de plus près, de la bouche des intéressés
eux-mêmes, les problèmes que les autres associations vivent et la
manière dont ils sont traités. On peut ainsi éviter de reproduire des
erreurs et aussi glaner des idées intéressantes.
- Ensuite, c'est la mise en œuvre
de la solidarité. Lorsqu'un quartier a du mal à faire entendre
sa voix, l'UQEA examine le dossier et si cela semble justifié, apporte
tout son poids à sa défense. En se limitant aux dossiers les plus
significatifs présents et passés, on peut citer la rocade sud-est, le
projet de doublement de la rue Charles Le Goffic, le projet de décharge
au Lendu, l'affaire de Kergonan ou l'abattoir du Grand-Guélen.
- L'UQEA permet de poser les
problèmes à un niveau supérieur. Une association de quartier, et
c'est parfaitement légitime, est préoccupée avant tout par le bien-être
immédiat des habitants. Le fait de replacer les problèmes
d'environnement proche dans un contexte plus global permet de prendre
en compte d'autres éléments de jugement et de formuler des propositions
de solutions plus cohérentes, plus efficaces à long terme et en tout
cas moins égoïstes..
- Enfin, l'UQEA agit pour que la
démocratie locale progresse et que les habitants soient associés
le plus étroitement possible à la gestion de leur cadre de vie, qu'il
s'agisse d'environnement, de voirie, d'économie, de culture ou de
questions sociales. Depuis de nombreuses années déjà, l'UQEA cherche à
promouvoir à Quimper l'idée d'une charte entre la Ville et les
Associations dhabitants, et n'a pas ménagé ses efforts en ce sens: Nous
avons participé à des rencontres nationales ou régionales, nous en
avons organisé une à Ergué-Armel, et nous n'avons cessé d'interpeller
les élus à ce sujet.
C'est dans ce contexte que l'équipe municipale issue des dernières
élections décidait de reprendre nos propositions, invitait les
associations d'habitants à signer une charte et mettait en place trois
Conseils de Quartiers. Nous ne pouvions que nous réjouir de voir
aboutir nos efforts après tant d'années, même si nous nous gardions de
tout excès d'optimisme. Nous savions que l'apprentissage de la
concertation serait long et difficile, et que le chemin serait parsemé
d'embûches.
Tout d'abord, le texte de la charte reste plutôt vague et ouvre la
porte à des interprétations très restrictives ("les dossiers qui lui
sont soumis"), en contradiction avec l'esprit d'ouverture totale qui
nous semble indispensable à un bon fonctionnement de la démocratie. Il
y aurait donc des dossiers qui ne seraient pas soumis aux Conseils de
Quartiers! Lesquels? Au nom de quoi?
Ensuite nous connaissions parfaitement les réticences, voire
l'hostilité d'un certain nombre d'élus à l'idée d'un supposé partage du
pouvoir. Et ce malgré notre insistance à expliquer sur tous les tons
que nous n'avons aucune ambition de pouvoir, que nous ne remettons pas
en question la légitimité des élus et que nous acceptons bien
évidemment l'idée qu'en dernier ressort la décision leur revienne
entièrement.
Il nous faut donc convaincre nos interlocuteurs élus que nous ne sommes
pas les râleurs systématiques qu'ils s'imaginent, et que si hélas il
nous arrive souvent - trop souvent sans doute - de râler, c'est que
nous sommes déçus. Nous préfèrerions de loin une collaboration
"amicale" (dans la joie!) sur TOUS les dossiers qui nous intéressent,
sans exclusive, sans cachotteries, sans mensonges, sans langue de bois.
Voici par exemple comment nous aurions aimé travailler cette année dans
le cadre du Conseil de Quartier:
- Nous aurions aimé que notre demande de révision des accès
au futur
abattoir du Grand Guélen soit prise en compte, mais
malheureusement nous avons assisté à un raidissement totalement
incompréhensible de la part du Conseiller responsable des affaires
économiques. Alors qu'il était possible de travailler sereinement sur
un projet qui était encore modifiable, avec des riverains compréhensifs
et finalement peu exigeants, le "non" catégorique et définitif qui nous
a été opposé a fait l'effet d'une douche froide.
- Nous aurions aimé discuter de l'emplacement de la future
bibliothèque d'Ergué-Armel, qui nous préoccupe depuis de
nombreuses années. Au lieu de cela, la décision a été prise sans la
moindre concertation, et on nous demande maintenant de participer à une
commission. Pour quoi faire? Pour quoi dire? Nous ne sommes pas des
spécialistes de la lecture publique, et nous ne pourrions
qu'enregistrer les choix des techniciens et des élus, sans avoir rien à
proposer. Ce rôle ne nous intéresse pas. C'est en amont que nous avions
quelque-chose à dire.
- Nous aurions aimé être associés à une réflexion globale sur
l'accueil
des gens du voyage à Quimper, comme on nous l'avait promis au
lendemain des dernières élections municipales. Aujourd'hui nous nous
posons la question: Y a-t-il à Quimper une réflexion sur ce thème? Et
si oui où? Et avec qui? Ergué-Armel étant particulièrement concerné par
le problème, nous nous étonnons de ce silence.
- Nous aurions aimé donner notre avis dès qu'il a été
question de remodeler l'avenue Léon
Blum. Le fait que le projet ait été en quelque sorte piloté par
une école primaire est en soi sympathique, mais demandez aux usagers
des rues adjacentes ce qu'ils en pensent. Et la tenue d'une réunion
publique tardive, alors que tout est décidé, ne remplace pas le travail
en amont, auquel nous aurions volontiers apporté notre contribution.
- Nous aurions aimé être consultés avant qu'il ne soit décidé
d'arracher les
arbustes entre le Lycée Thépot et le rond-point de la Mairie.
Ces parterres, ils sont à nous, et ce sont nos impôts locaux qui
alimentent le service des jardins. Nous estimons donc avoir droit au
minimum à des explications circonstanciées. Petit problème sans doute,
mais révélateur d'un malentendu plus profond entre les associations
d'habitants et les élus.
- Nous aurions aimé que l'installation
d'un théâtre dans un ancien bâtiment industriel se fasse en
concertation avec nous. D'abord parce que tout ce qui touche à la vie
culturelle d'Ergué-Armel nous intéresse, et ensuite parce que nous
aurions veillé à ce que la tranquillité des riverains soit garantie...
ce qui n'est pas le cas.
- Nous aurions aimé pouvoir discuter du problème de Keréquel
ailleurs que dans une commission consultative se réunissant de temps en
temps à 17h30. Là encore, des décisions qui nous concernent directement
sont prises sans même qu'on prenne la peine de nous en informer.
Tous ces dossiers, nous aurions aimé les voir traiter dans le cadre du
Conseil de Quartier, en assemblée plénière ou dans des commissions, car
ils concernent l'ensemble des Armélois à un titre ou à un autre, soit
parce qu'ils sont communs à tous (bibliothèque), soit parce qu'ils ont
une valeur d'exemple (l'abattoir), soit parce qu'ils représentent un
fait de société (les nomades). Par contre, l'inventaire des
interventions de la ville ici ou là à Ergué-Armel, la communication
d'un budget détaillé et le listage des travaux à réaliser ne nous
intéressent pas vraiment. Le Conseil de Quartier, tout comme l'UQEA,
n'est pas la somme des Associations d'habitants signataires de la
charte. C'est une instance de niveau supérieur, où les dossiers
spécifiques à un sous-quartier n'ont pas leur place, sauf exception.
Ces dossiers sont du ressort de l'association du quartier concerné,
seule compétente pour les traiter. Il faut d'ailleurs reconnaître qu'en
général les relations sur le terrain entre élus et associations sont
plutôt bonnes ... avec quelques fausses notes cependant.
Globalement donc, le Conseil de Quartier n'a pas fonctionné
correctement, mais il est encore jeune, et le bilan qui en sera fait à
la rentrée prochaine devrait permettre de corriger certains défauts.
Quant à nous, nous avons déjà commencé une réflexion avec les
associations de Kerfeunteun et de Penhars, et nous la poursuivrons dès
septembre.
Car il est clair que la Charte Ville-Associations et le Conseil de
Quartier, qui ont été au cours des mois précédents la préoccupation
principale de l'UQEA, le resteront pour l'exercice qui va commencer.
Nous devrons tout mettre en œuvre pour que la démocratie locale
progresse, en saluant les avancées mais aussi en dénonçant les
dérapages sans complaisance. Et nous espérons que les associations de
Penhars et de Kerfeunteun parviendront elles aussi à se fédérer, afin
de mieux se connaître et de gagner en efficacité.
FIN
Je cède maintenant la parole
aux associations membres de l'UQEA, en leur demandant de se limiter à
une intervention de 5 minutes.
( Ouest-France, 29 mai 1997
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